Début de septembre 2019 sonne l’heure de la récolte, un peu plus tardive que l’an passé.

Le temps de la cueillette s’est presque fait attendre.
Alors que bon nombre de provençaux ont déjà bien entamés leurs récoltes, je trépigne d’impatience de tenir dans mes mains les grappes de 2019 . Il faut attendre encore un peu, car cette année  le réveil des vendanges ne commencera que mi-septembre.
Je prends la route direction Perpignan. Sur la route, les effluves des raisins écrasés vont et viennent, je ne suis plus très loin…
Les grandes routes filent, puis se dissipent et bientôt les premiers pieds de vigne apparaissent : chargés, feuillus, et tout disposés à être délestés de leur cargaison. Les derniers virages sont un peu plus chargés d’excitation. Au loin : l’arrivée.
Les bagages jetés à la va-vite, il est temps de rassembler les outils pour vendanger : où sont les seaux, les sécateurs, les comportes, les gants, les cageots ? L’heure est au dépoussiérage : première grande vague d’eau, sur ces outils méticuleusement conservés.  Ca y est tout est propre.

Ce soir on commence les vendanges en famille

C’est ça aussi les vendanges, un moment familial. Ce soir, c’est juste pour nous : on cueille les raisins qu’on mettra dans nos petites cuves pour faire les quelques bouteilles de l’année.  On choisit ce qui nous paraît le plus beau. Manque de bol tout n’est pas mûr… On fera avec, plus trop le temps de faire autrement.
On coupe, on tri, on encuve : les premiers carignan sont levurés. Quand on saura mieux faire, on évitera d’ajouter des petites bêtes qui mangent le sucre et on essaiera de faire avec celles qui sont déjà là. En attendant on préfère protéger nos nouvelles baies. On rentre, une bonne douche et au lit.
Demain ce sera le vrai début.

Le vrai début

6h, le réveil sonne, l’odeur de café envahit la pièce. J’ai rarement était aussi alerte de bon matin : une vraie gamine. Je saute dans mon short, enfile mes chaussures et zou direction les vignes. On rencontre les vendangeurs de l’année, encore de sacrés caractères à découvrir. Pour deux ou trois, c’est la première fois, et on lit sur leurs visages émerveillement, sommeil, excitation et un poil d’inquiétude sur le sort que leur réserve leurs premières vendanges. Les autres ? Y’a de tout : une mère avec son fils, un peu geek sur les bords, un quarantenaire  bohème qui vient tout juste d’acquérir des vignes, un portugais adorable au grand sourire qui parle beaucoup, mais on comprend pas tout. Des gens de passage, d’autres qui sont bien implantés.
Le soleil se lève, le paysage est magnifique. La vallée se réveille doucement et au loin trône le Canigou.
On commence par les grenaches de Rodès, les plus mûrs. La fraîcheur matinale est avec nous, juste ce qu’il faut. Les premières rangées on est tous plutôt silencieux, on cherche à retrouver la mécanique efficace du coupage/tombage dans le seau/vidage de seaux dans la benne. Cette année on ramasse tout : les raisins iront à la coopérative. Avec un petit pincement au cœur, mais de toute façon on est pas encore prêts pour faire nous mêmes la vinification. C’est bien, on apprend, poco a poco. La matinée est passée vite, les raisins étaient beaux. On continue l’après midi : là c’est moins drôle la parcelle de vieux carignan n’a quasi rien donné, on sait qu’on va l’arracher l’an prochain, mais elle fait vraiment peine à voir. On ramasse ce que l’on peut et on décampe. Le soleil a chauffé fort ce matin.

Les vendangeurs sont rentrés mais pour nous la journée n’est pas finie. Il faut préparer les autres parcelles pour que la vendangeuse puisse passer demain. Pendant que certains enlèvent les piquets, nous on rembobine les fils électriques destinés à éloigner les sangliers, ces goinfres qui viennent ravagés les raisins la nuit tombée.

De retour à la maison séance de pigeage sur les raisins qu’on a rentré hier. Les fermentations sont bien parties, ça pétille ! On contrôle que tout va bien avec la prise de densité. Honnêtement, on n’est pas encore bien rodés, on sait comment faire mais de là à prévoir les impacts, c’est une autre mayonnaise. On fait des expériences, on apprend quoi !
Tout est prêt pour demain, là c’est sur on va bien dormir !

Jour 3

Aujourd’hui on s’attaque au grand Carignan de Rigarda. La parcelle est infinie, dans la matinée on fait à peine un aller retour à 8… Le temps semble se gâter l’après-midi, l’orage gronde au loin, l’air est lourd. Pourtant ça chante et les raisins sont toujours aussi beaux. On est heureux.  Chaque nouvelle rangée c’est l’occasion de rencontrer une nouvelle personne et de découvrir une nouvelle vie.
Un coup d’éclair au loin, mais toujours pas de gouttes. On a beau avancer, on ne finira pourtant pas ce soir. Ils prévoient de la pluie cette fin de semaine. La perspective de ramasser demain sous la pluie ne ravie personne… C’est l’heure de rentrer de toute façons, après une belle journée de 8h de cueillette ! Rituel du soir : lavage des seaux, des sécateurs, des comportes : on dirait qu’on a fait ça toute notre vie, on prend vite le pli. Un petit instant avec nos bébés cuvées, on goûte, on pige, on leur souhaite bonne nuit… ça nous fait sourire.
C’est jeudi, dernier jour pour les vendangeurs : on est tous en joie, et en même temps c’est bientôt fini…. Déjà… ! Aujourd’hui on chante dans les vignes, il y a de la musique et les conversations vont bon train. Le groupe s’est fédéré, au gré des allers et venues de chacun. On arrive au bout de la parcelle : ça y est fini ! Une belle photo pour immortaliser tout ça et voilà. On aura bien suer quand même… Cet après-midi c’est repos, pour nous aussi. Mais il restera un petit bout demain qu’on ne fera qu’entre nous, sans les vendangeurs, et surtout ?! Le repas de vendanges ‼

Jour 4

Panne de réveil ! oups ! on avale un bol de café et en avant. Il ne reste plus grand chose à couper, juste de quoi remplir encore une petite benne avec les grenache en Gobelet.  Et puis on a une autre tâche : ramasser encore un peu de Syrah pour nous, parce qu’on avait pris le premier jour c’était pas jojo. On passe derrière la vendangeuse qui nous en a laissé un peu, mais vraiment qu’un peu.  Et la plupart des grappes sont pourries. Ici c’est plus humide, la parcelle est entourée d’arbres, ça n’a pas dû aider à préserver les raisins. Bon quand y’en a plus, y’en a plus. On rend tous nos sécateurs, et on file à la douche.

Tout est fin prêt pour le repas de vendanges, une bonne grillade en perspective. Arrivés sur le lieu de rendez-vous, on fait la braise pour les saucisses et les cousteillous. Tous les coupeurs arrivent peu à peu, c’est déjà l’effusion ! On parle, on rit, on chante un peu aussi. Les verres trinquent et ça sent bon l’aïoli. Voilà c’est le format carte postale ici : après les vendanges, du bonheur en barre.

On s’en va tous avec des souvenirs plein la tête, en se disant qu’on aurait aimé que ça dure un peu plus. Peut-être à l’année prochaine, qui sait ?

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